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Prendre soin de soi quand on est aidant familial : le guide pratique

Par Pierre Filstroff · bien-être 7 min de lecture

Prendre soin de soi quand on est aidant familial : le guide pratique

Sophie a 48 ans. Elle jongle entre son travail à mi-temps, ses deux enfants encore à la maison et les soins quotidiens de sa mère atteinte d'une maladie dégénérative. Chaque matin, elle se lève avec une liste de tâches qui appartient aux autres — et reporte indéfiniment les siennes.

Si vous vous reconnaissez dans ce portrait, cet article est pour vous. Prendre soin de soi quand on est aidant familial n'est pas un luxe ni une marque d'égoïsme. C'est la condition sine qua non pour tenir dans la durée, et pour continuer à aider efficacement.

Dernière mise à jour : avril 2026

Pourquoi les aidants négligent-ils leur propre santé ?

Plusieurs mécanismes psychologiques expliquent pourquoi les aidants se placent systématiquement en dernière position.

Le sentiment de culpabilité joue un rôle central. Se consacrer à soi — une promenade, un rendez-vous médical, un dîner entre amis — déclenche une petite voix intérieure : « Et si quelque chose arrive pendant ce temps-là ? » Cette culpabilité est omniprésente chez les aidants, et elle est épuisante.

La culture du sacrifice renforce ce phénomène. Notre société valorise le dévouement total, en particulier chez les femmes qui assurent encore la majorité de l'aide informelle. Prendre soin de soi peut être perçu — à tort — comme un abandon.

Le manque de temps objectif s'ajoute aux facteurs psychologiques. Quand les journées sont déjà surchargées, ajouter des activités pour soi semble impossible. Pourtant, des études montrent que même de très courtes pauses régulières réduisent significativement le niveau de stress.

Les conséquences de l'oubli de soi

Négliger sa propre santé a des effets mesurables et documentés.

Sur le plan physique : les aidants consultent moins leur médecin, retardent leurs soins, et présentent des taux plus élevés d'hypertension, de troubles du sommeil et de douleurs musculosquelettiques. Selon une étude de l'INSERM, les aidants actifs ont 23 % de risques en plus de développer une maladie chronique que la population générale.

Sur le plan mental : l'anxiété chronique, la dépression réactionnelle et le burn-out de l'aidant sont des réalités fréquentes. Le burn-out aidant se manifeste par un épuisement profond, une perte d'empathie et un sentiment d'impuissance face à la situation.

Sur la qualité de l'aide apportée : un aidant épuisé est moins disponible, moins patient, plus susceptible de commettre des erreurs. Prendre soin de soi, c'est aussi prendre soin de l'autre.

7 pratiques concrètes pour prendre soin de vous

1. Posez des limites claires — et tenez-vous-y

Définir des plages horaires pendant lesquelles vous n'êtes pas disponible est un acte de santé. Cela peut commencer par des petites choses : ne pas répondre aux appels après 22h, déléguer les courses du mercredi à un autre membre de la famille.

Les limites ne s'imposent pas une fois pour toutes ; elles se négocient et s'ajustent. L'essentiel est de les formuler clairement, à vous-même d'abord, puis aux autres.

2. Dormez — vraiment

Le sommeil est la première chose que les aidants sacrifient, et la plus coûteuse à long terme. La privation chronique de sommeil altère la mémoire, la régulation émotionnelle et le système immunitaire.

Quelques pistes pratiques : établir une routine de coucher fixe, limiter les écrans une heure avant de dormir, et — quand c'est possible — organiser des nuits de relâche où un autre aidant ou un auxiliaire prend le relais.

3. Maintenez vos rendez-vous médicaux

C'est l'un des premiers réflexes à perdre chez les aidants : annuler leur propre rendez-vous médical pour un imprévu lié à leur proche. Programmez vos consultations comme des engagements non négociables. Votre santé aussi mérite un agenda.

4. Préservez au moins un espace social

L'isolement de l'aidant est l'un des facteurs de risque les plus documentés chez les aidants. Même un déjeuner mensuel avec un ami, un groupe de parole en ligne ou un atelier de loisir contribuent à maintenir un équilibre indispensable.

Si vous manquez de temps, les groupes de parole en ligne pour aidants (comme ceux proposés par France Alzheimer ou l'association AIDANT'ACT) offrent une flexibilité précieuse.

5. Acceptez — et sollicitez — l'aide des autres

Beaucoup d'aidants ont du mal à demander de l'aide, par pudeur, par habitude ou par conviction que « personne ne le fera aussi bien ». C'est une croyance à déconstruire.

Impliquer la famille dans les soins est une démarche qui bénéficie à tout le monde. Même des contributions modestes — un trajet chez le médecin, une heure de présence un soir par semaine — soulagent l'aidant principal et maintiennent le lien familial.

Des services professionnels existent aussi : aide à domicile, portage de repas, accueil de jour. Se renseigner sur les aides disponibles pour le maintien à domicile est une priorité, pas une capitulation.

6. Pratiquez une activité physique régulière — même courte

L'activité physique est l'un des anti-dépresseurs naturels les plus efficaces. Même 20 minutes de marche par jour ont un impact mesurable sur l'anxiété et la qualité du sommeil.

Pour les aidants dont le temps est compté : intégrez le mouvement dans les routines existantes. Marchez jusqu'à la pharmacie plutôt que d'y aller en voiture. Faites quelques étirements pendant que votre proche regarde la télévision. L'idée n'est pas de vous imposer un programme sportif ambitieux, mais de ne pas rester statique.

7. Tenez un journal — même irrégulier

Écrire quelques lignes chaque jour ou chaque semaine permet d'extérioriser ce qui est trop lourd à porter seul. Ce n'est pas une thérapie, mais c'est un exutoire utile. Certains aidants y notent ce qui s'est bien passé — une technique proche de la pleine conscience qui aide à ne pas sombrer dans une vision uniquement négative de la situation.

Le recours à un professionnel de santé mentale

Consulter un psychologue ou un thérapeute n'est pas réservé aux situations de crise. Un suivi régulier permet de mettre des mots sur l'expérience de l'aidance, de travailler sur la culpabilité et de développer des stratégies d'adaptation.

Des dispositifs spécifiques existent en France : la plateforme nationale de soutien aux aidants (numéro vert 0 800 360 360), les CLIC (Centres Locaux d'Information et de Coordination) qui orientent vers des professionnels, ou encore les unités de répit proposées par certains EHPAD.

Quand faire une pause plus longue : le répit

Le répit désigne une interruption temporaire de l'aide, pendant laquelle le proche est pris en charge par des professionnels ou des bénévoles. Il existe sous différentes formes :

  • Accueil de jour : le proche passe la journée dans un établissement spécialisé
  • Hébergement temporaire : quelques jours ou semaines dans un EHPAD ou une structure d'accueil
  • Intervention à domicile : un professionnel ou bénévole remplace l'aidant pour quelques heures

Le congé de proche aidant est un droit légal qui permet de s'arrêter de travailler temporairement pour souffler. Il est indemnisé depuis octobre 2020 via l'Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA). Pour un tour d'horizon complet de ces dispositifs, consultez notre guide complet des droits et aides de l'aidant familial en 2026.

Prendre soin de soi : un acte de responsabilité

Retenez ceci : vous n'êtes pas une ressource illimitée. La bienveillance que vous avez pour votre proche, vous la méritez aussi. Prendre soin de vous, ce n'est pas abandonner votre proche — c'est vous donner les moyens de continuer à l'accompagner.

Si vous cherchez un outil pour mieux organiser les soins, coordonner la famille et réduire la charge mentale, Entour a été conçu pour les aidants comme vous. Rejoignez la liste d'attente pour être parmi les premiers à y accéder.

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